Le chien paria, cette réincarnation des voleurs


Pariah dog

Chiens parias de Jodhpur- Cette photo a été publiée au National Geographic sur le thème du moment en janvier 2014 : http://yourshot.nationalgeographic.com/stories/moment/ | POUR ZOOMER CLIQUEZ SUR L’IMAGE

Je fis soudain un bond de deux mètres à cause de l’aboiement strident d’un chien à qui j’avais écrasé la queue. Encore un chien ! Ce dernier, s’éloigna en piaulant à raison pour s’allonger près d’un autre acolyte paresseusement affalé sur les escaliers d’une demeure bourgeoise. Je soupirais… Le fief des cabots, comme celui des pauvres, se trouve ici, dans la rue. – Texte & photos : Serge Bouvet

500000 chiens parias errent à New Delhi

A New Delhi, il y en a autour de 500.000, pour environ 15 millions d’habitants. A Gurgaon, ville située à 20 km de New Delhi et à 10 km de l’aéroport de Delhi, 50 personnes en moyenne par jour sont mordues par des chiens errant.

Une hécatombe canine en Inde

Chaque année, 30.000 personnes meurent chaque année de la rage en Inde (70% des décès dans le monde) à cause de la morsure de chiens parias. Il est estimé qu’en Inde, une personne meurt de la rage toutes les 30 minutes. Environ 70% des victimes sont des enfants de moins de 15 ans.


Chien errant dans les rues de Jodhpur (Inde)

Chien errant amputé d’une patte dans les rues de Jodhpur (Inde) – Canon 5D, 50mm, 1/400 à f/1,4 – 160ISO - POUR ZOOMER CLIQUEZ SUR L’IMAGE

Les chiens parias, des chiens SDF par milliers…

Pour photographier les ruelles de Jodhpur, j’étais tombé du lit à 5h30. Chemin faisant, j’ai été surpris de rencontrer des dizaines de crève-la-faim dans la rue , aboyant à bonne distance de moi et me filant le train d’un peu de trop près. Les gueules béent. La meute est bruyante mais peureuse. Je les sens prêt à me bouffer le mollet, à me refouler dans un cul de sac pour me déchirer en lambeaux. Si bien, qu’à un certains moment, je me suis armé de mon trépied, prêt à assommer le cabot téméraire qui me boufferait la cheville. Par chance, un autorickshaw s’arrêta à ma hauteur pour me sortir de la mauvaise situation et m’éloigner de la meute vociférante. Je savais que je croiserai en chemin des vaches dans les rues de Jodhpur mais je ne m’attendais pas à découvrir autant de chiens SDF. Pourtant mes lectures préalables sur le Rajasthan m’avait mis en garde sur le fléau canin mais c’est tout moi ça : lors de mes voyages je m’incline difficilement à présager le pire, à ne pas céder à la paranoïa du danger toujours imminent.

On s’habitue difficilement à la présence de ces chiens errants qui, comme les vaches ou porcs, infestent la voie publique où ils tolèrent à peine les passants obligés de leur céder le pas. Dans toutes les ruelles, sur les saillies des façades beiges, on les aperçoit quotidiennement par groupes de trois ou quatre couchés en rond. Le jour, assommés par la chaleur, ils se la coulent douce comme des couleuvres au soleil, se laissant plutôt fouler aux pieds que de se lever. Il faut les contourner sans se faire mordre en priant le dieu Ganesh qu’ils n’aient pas la rage. La nuit, dès le crépuscule jusqu’à l’aube, ils reprennent goût à la vie et gare aux promeneurs solitaires comme bibi qui tenterait le Diable pour faire des photos…

 

Plus meurtriers que les cobras :  les chiens parias

paria

Chiens parias de Pushkar.- POUR ZOOMER CLIQUEZ SUR L’IMAGE

Pour une fois, j’aurais dû prendre la mesure avec plus de gravité de ce qui se racontait sur ces réincarnations de voleurs qu’on appelle aussi les chiens parias. On les considère comme des commensaux dont la situation est analogue aux pigeons des villes, aux cafards ou aux rats. Malgré ma sympathie pour la gente canine, j’avais de bonnes raisons d’en être inquiet. J’avais lu à plusieurs reprises dans divers ouvrages sur l’Inde, qu’ils étaient les responsables directes de dizaine de milliers de morts.

En effet, 20000 personnes meurent chaque année de la rage en Inde à cause d’un coup de croc des chiens parias. Ce sont de véritables chiens venimeux ! Les cobras ne tuent que 8000 personnes chaque année au Pakistan, en Inde et Sri Lanka compris. En comparaison, les rats sont plus inoffensifs. Le plus cruel dans cette hécatombe canine, c’est que les premières victimes à dérouiller sévère sont les gamins de la rue, errants aussi au bon gré des aumônes. La poisse s’acharne toujours sur les misérables comme un vautour sur un ver de terre affamé.

Malgré des mesures pour limiter leur reproduction, les chiens errants sont dangereusement plus nombreux à peupler les villes indiennes. Dangereusement parce qu’ils représentent une menace sanitaire pour la population. Les experts donnent des chiffres édifiants sur la croissance de la population canine en Inde. Sur une durée de vie moyenne de 6 ans à 7 ans, une chienne mettra bas 50 à 60 chiots dont 50% survivront. En outre, cette surprenante prolifération a été rendue possible par la présence de nombreux déchets dans les rues, qui leur servent de nourriture.

Pour certains Indiens radicaux, ces animaux, à l’instar des rats, ne sont que les vecteurs de toutes sortes de maladies et doivent être exterminés. NG Jayasimha, responsable chez PETA India, branche locale d’une ONG internationale pour la protection des animaux, raconte que  » beaucoup de personnes tuent les animaux errants. Des riverains et même des employés de mairies, officieusement bien sûr. « Mais cela ne change rien si on ne contrôle pas les naissances et si on n’empêche pas la vente de chiens d’élevage », regrette-t-il. « Le Mahatma Gandhi a dit qu’on pouvait mesurer la grandeur d’une nation par la façon dont ses animaux sont traités. Cela veut dire que nous remontons le temps. »

NG Jayasimha, , responsable chez PETA India

« Beaucoup de personnes tuent les animaux errants. Des riverains et même des employés de mairies, officieusement bien sûr. Mais cela ne change rien si on ne contrôle pas les naissances et si on n’empêche pas la vente de chiens d’élevage », regrette-t-il. « Le Mahatma Gandhi a dit qu’on pouvait mesurer la grandeur d’une nation par la façon dont ses animaux sont traités. Cela veut dire que nous remontons le temps. »

La plupart des 30.000 personnes qui meurent chaque année de la rage en Inde (70% des décès dans le monde) la contractent après morsure des chiens errants. C’est quand les chiens sont errants, ils deviennent les plus imprévisibles. Vivant en meute, comme les loups, ces chiens se battent souvent pour asseoir leur espace. Les passants peuvent pâtir de coups de crocs perdus lors de ces luttes territoriales canines. En outre, les femelles deviennent naturellement agressives envers ceux qui s’approcherait trop près de leurs chiots.

 La stérilisation et la vaccination pour lutter contre le fléau canin

Chiens parias de Pushkar- POUR ZOOMER CLIQUEZ SUR L’IMAGE

On en vient à penser en Inde, à la stérilisation. « Lorsqu’ils sont stérilisés, les chiens sont beaucoup moins violents », affirme Dr.Prabhakaran Palanichamy, vétérinaire de New Delhi, officiant pour l’organisation Friendicoes qui a vocation de soigner les chiens errants. Les quatre médecins officiant ici pratiquent environ 40 stérilisations quotidiennes. » NG Jayasimha explique néanmoins que les animaux une fois soignés doivent être obligatoirement relâché dans la rue : « La loi oblige à les relâcher, car si leur territoire reste inoccupé, cela pourrait aboutir à des combats entre chiens venus d’ailleurs, et à plus d’incidents violents ».

Pour diminuer le nombre de cas de rage chez l’homme en Inde, un contrôle de la population de chiens errants sera nécessaire. On observe à présent des efforts notables pour lutter contre la rage. Par exemple, à Jaipur, non loin de Jodhpur, dans la même région du Rajasthan, un projet pilote de stérilisation et vaccination des chiens errants sur une période de 8 ans a réussi à diminuer les cas de rage humaine d’une dizaine de cas annuels, à zéro cas sur deux ans consécutifs.  Ce succès sanitaire fut déterminée par une diminution  de la population canine de 28% et la stérilisation de 68% des femelles.




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