Policiers ripoux en Inde


Officier de police indien

La police en Inde n’a pas bon dos et souffre d’une sale réputation mise à mal par les forces de l’ordre elles-même. La liste noire est des plus édifiante : viol, kidnapping, corruption, passage à tabac, détention illégale… L’Inde, la démocratie la plus peuplée du monde, continue d’avoir de graves problèmes de respects de droits de l’homme en dépit des engagements successivement pris par chaque gouvernement pour endiguer les graves abus de la police. 


Article et photographies : Serge bouvet


Policiers meurtriers

1 977 personnes sont décédées en détention provisoire en Inde en 2008.

Trop peu d’effectifs en Inde

L’Inde ne compte q’un seul officier pour 1 037 Indiens résidents !


«L’Inde se modernise rapidement, mais la police continue d’utiliser leurs vieilles méthodes: la violence et les menaces et il serait temps pour le gouvernement de cesser de parler de réforme et de réparer le système.», a déclaré dépité Brad Adams, le directeur exécutif de la division Asie de Human Rights Watch.


Un flic violent et un flic magnanime

A Jaipur, à la nuit tombée, en public, un flic donne des coups de bâtons à une une vendeuse de pommes. Coup de pied dans son panier de pommes qui valdinguent, s’éparpillent sous la roue des bagnoles et des autorickshaws. C’est une pauvre femme toute chétive qui écope.
Je questionne un badaud :
– Qu’a-t-elle fait de mal?
– Rien du tout, l’officier c’est énervé sans raison contre elle… C’est une dhalit1, alors…
La femme ne se laisse pas faire, malgré les coups de bâtons, elle tente de récupérer les fruits. J’avise cinq autres flics qui demandent à la foule de foutre le camp. Je chope mon appareil photo et je mitraille comme je peux… Flûte de flûte ! Ma carte numérique n’a plus un octet de libre… Je la remplace…Je shoote à nouveau… Et…

Malgré les coups de bâton, la femme ne se laisse pas faire, malgré les coup, elle tente de récupérer les fruits.

Malgré les coups de bâton, la femme ne se laisse pas faire, elle ramasse son panier de pommes.

Je reçois une tape sur l’épaule et lorsque je me retourne, un flic à moustache en forme de guidon qui se fend la tirelire m’enjoins de le suivre. Eh merde ! Je ne suis pas assuré et je ne bosse même pas à ce moment là pour un canard. S’il me confisque ou bousille mon matériel photo qui m’a coûté un bras, je vais me trouver bec d’ombrelle2 et c’est bibi qui sera comme comme un con pour les deux semaines qui me reste à tirer en Inde.

Je ne songe même pas à ce que lui et ces potes pourraient me faire au poste. Un autre brigadier nous rejoint, et là, je flaire le calvaire à la Moyen âgeuse  à l’horizon. Le flic à la grosse moustache me demande de lui montrer les photos que j’ai prises, je m’exécute. « Efface tout! » m’ordonne-t-il. Je formate la carte devant lui et lui montre l’écran qui est aussi noir qu’un Albatros emmazouté. Et puis, presqu’hilare, le guidon de vélo poilu me salue cordialement et repart avec son acolyte comme si de rien n’était. « Et ben merde, c’est quoi ces policiers ! » ai-je pensé.

A peine plus consciencieux que des gorilles qui boulottent leurs puces, les simili policiers ne m’ont même pas barboté les poches des cuisses de mon treillis où était fourré l’autre carte photo. Je n’ai pas osé tenter le diable. J’ai hélé un autorickshaw et je suis rentré à l’hôtel. Le lendemain, je retournai au marché pour questionner quelques vendeurs du côté de Hava Mahal Street.

Après plusieurs rencontres, je tombe sur un vendeur de fruits et de légumes à qui j’ai acheté une orange qui me témoigne du calvaire qu’il a vécu 4 ans auparavant.
« Un jour, les flics m’ont arrêté et je ne savais pas pourquoi. Ils m’ont attaché les jambes à un bout de bois et avec des  lathis (bâtons), ils m’ont rossés en tapant sur mes tibias… Ah j’avais mal… J’ai pleuré… Ils m’ont versé du thé tiède dans mon nez et je me suis évanoui… Ils m’ont demandé de témoigner contre une personne que je ne connaissais même pas… Ils pensaient  que je mentais… Et puis, quand leur chef est arrivé, ils m’ont relâché et puis, je n’ai plus eu de nouvelles ni d’excuses de leur part ! »

Des histoires comme cette dernière sont légions en  l’Inde et les plus vulnérables sont les dhalits, la caste des intouchables qui subissent arbitrairement des arrestations puis des tortures  infligées par la police qui présument en dépit de bon sens des crimes commis.

Pourquoi y a-t-il des flics ripoux en Inde ?

Une partie du problème réside dans les conditions de travail des officiers de police. La plupart des agents subalterne de la police civile vit et travaille dans des conditions épouvantables. Les agents de polices dorment très peu et certains dorment même dans la rue, à défaut d’abri ou de local. Ce sont surtout les officiers subalternes qui morflent, ils sont souvent épuisés et démoralisés et constamment  sous la pression des exigences irréalistes de leurs supérieurs pour résoudre des cas rapidement en dépit des moyens matériels donnés. Les policiers sont sous un stress constant en raison de l’obligation légale d’être disponibles pour le service 24 heures par jour, sept jours par semaine !

Les officiers sulbalternes dorment souvent dans la rue.

Les officiers sulbalternes dorment souvent dans la rue.

Pour contourner ces problèmes systémiques de nombreux agents ne prennent plus le temps d’enquêter ou de se lancer dans de trop longues investigations. Par conséquent, pour diminuer leur charge de travail, ils refusent souvent d’enregistrer les plaintes des citoyens, ou bien pensant mettre de l’huile dans les rouages de l’enquête, utilisent la détention illégale, voire la torture. En conséquence, ces violations contribuent à entretenir un climat de peur. Les Indiens évitent tout contact avec la police, car ils sont de plus en plus porter à croire que que non seulement ils ne recevront pas l’aide mais qu’ils risquent d’être retenus au poste et d’en être libérer qu’en payer un dédommagement sonnant et trébuchant.

Et c’est le chat qui se mord la queue : face à une population recluse et effrayée par l’ordre en place, la police est souvent incapable d’obtenir des tuyaux auprès d’informateurs ou de bénéficier de la coopération des témoins, qui sont à la fois cruciales pour la résolution de cas et la prévention de la criminalité. Les crimes n’étant peu ou prou signalés, ils sont alors impunis. La presse en cause, le gouvernement subit des pressions médiatiques et demande de fait des résultats immédiats aux officiers supérieurs. Et alors, ces derniers vocifèrent à leur hommes d’avoir un peu plus de poigne pour trouver des coupables fissa… et c’est le citoyen, en particulier ceux de la castes des intouchables qui en paient les pots cassés.


Violence des policiers en Inde – Vidéo :  Human Rights Watch

Téléchargez le rapport d’Human Rights Watch sur l’état de la police indienne : http://www.hrw.org/sites/default/files/reports/india0809web.pdf

Plus d’information sur la corruption en Inde : http://www.corruptioninindia.org/IndianPolice.php

  1. Les intouchables, ou parias, ou dalits, forment, en Inde, un groupe d’individus exclus du système des castes (stricto sensu, ils sont considérés à proprement parler comme « hors du système des castes » au même titre que les populations aborigènes du pays ou les étrangers).
  2. Se trouver bec d’ombrelle : Être en défaut, être frustré, être désappointé, déçu.



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