Tikam Chand et son boîtier Carl Zeiss de 1860


Tikam Chand

Tikam Chand


Si vous baguenaudez du côté des rues couleurs saumon de Hava Mahal à Jaipur, et si vous poursuivez jusqu’aux échoppes de marionnettes de bois Kathputli, vous rencontrerez l’un des rares utilisateurs au monde, d’un vieux boitier Carl Zeiss de 1860, Tikam Chand. L’appareil est une véritable antiquité, perché sur un vieux trépied en bois branlant, recouvert à l’arrière d’une large piège de cuir noir en lambeaux.



«Mon arrière-grand père était le photographe royal du Maharaja de Jaipur et il utilisait cet appareil photo. Quand l’état princier a été dissout, ce vieil appareil de 150 ans est devenu notre outil de survie… et puis, par la suite, c’est devenue l’attraction touristique de la rue d’ Hava Mahal», explique Tikam Chand.
Il me demande de m’asseoir devant son appareil photo dont il ajuste la mise au point en faisant glisser la lentille d’avant en arrière avec sa main droite à l’intérieur de la boîte en bois.
– Ne bouge pas me dit-il pendant quelques secondes.
Au lieu d’appuyer sur un bouton, il retire tout simplement le bouchon d’objectif pour une fraction de seconde et crie, « prêt! » et puis s’arrête quelques secondes le temps que la lumière frappe bien l’objectif. L’ouverture qui est ajusté avec un support de laiton autour de la lentille est de 4,5 mm à 32mm. Une fois le négatif réalisé, il est trempé dans un seau d’eau pour éliminer les produits chimiques.

Tikam Chand, photographe, utilisateur d'un vieux boîtier Carl Zeiss de 1880, me présente les négatifs.

Tikam Chand, photographe, utilisateur d’un vieux boîtier Carl Zeiss de 1880, me présente les négatifs. Sur la quatrième, un hijra a accepté d’être à mes côtés.


Tikam Chand réalisent également des photos avec des effets sépia, mais cela prend plus de trois jours pour faire. «J’utilise du cyanure de potassium pour opérer quelque virage sur la teinte. Pour Pour le sépia, je mélange du sel noir et du cyanure… C’est plus laborieux que de la retouche avec un logiciel, explique Chand en souriant. Il regarde mon appareil photo et demande à l’essayer. Il réalise un portrait de moi et semble amusé :
– Combien t’as coûté ton appareil photo ? Me demande-t-il.
– 1800 euros.
– Le tout ? Avec l’objectif ?
– Non juste le boitier.
Chand prend un papier et opère calcul de reconversion en utilisant simplement la règle de 3.
– Eh bien, ça fait prêt de 145000 roupies.
– Tu connais la durée de vie de ton boîtier ?
– Aux alentours de 150.000 déclenchement.
Chand éclate de rire :
– Eh bien ! Tu vois, ce boîtier, qu’il dit en me pointant du doigt son boîtier Carl Zeiss, il a plus de 150 ans ! Je rigole mais bientôt je devrai arrêter. Il est devenu dur d’obtenir le bon papier et les bons produits. Du temps de mon grand-père, on utilisait du papier Gavit, puis du papier Indupaper, et après du papier Noa. Avant, j’utilisais du papier Noa qui m’était fourni par une boîte de Jaipur, mais maintenant, notre seul fournisseur est une boîte de Delhi. J’utilise, quand je suis en rupture de stock, du papier polaroid mais la qualité ne vaut pas celle du Noa. La rareté de mes ressources m’a conduit à augmenter le prix de prestation, soit 150 roupies au lieu de 100.

Devant le vieux boîtier Carl Zeiss de 1860 de Tikam Chand

Devant le vieux boîtier Carl Zeiss de 1860 de Tikam Chand – photo prise par Tikam Chand avec mon Canon 5D Mark II.


Des hijras1 viennent à notre rencontre et je demande à Chand de me prendre en photo avec l’un d’eux. Lorsque les photos sont sèches, Tikam Chand les insère dans du papier journal en me les tendant:
– Cela fera 600 roupies.
– C’est du papier Goa que tu as utilisé ?
– Oui, du papier Goa.
– Alors, je garderai précieusement ces photos dans un album photo, lui dis-je en lui tendant les billets.

  1. Les hijras désignent dans la culture indienne un individu émasculé considéré comme n’étant ni un homme ni une femme.



Une réponse à “Tikam Chand et son boîtier Carl Zeiss de 1860”

  1. Zeiss dit :

    une histoire extraordinaire, merci de nous l’avoir raconté. c’est vrai qu’on ne fait plus ni d’&appareil ni de photographe comme ça aujourd’hui. ce qu’il arrive à faire avec les moyens du bord est une prouesse, les photographes dits professionnels devraient en prendre de la graine. un bel échange culturel en tout cas.

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