Sadhus


Sadhû shivaïte de Jaisalmer (Rajasthan)

Sadhû shivaïte de Jaisalmer (Rajasthan)

A Jaisalmer, je rencontre deux indiens qui ont décidé pour toujours d’observer le célibat; de renoncer quelque part au monde, de vivre dans la pratique de la pénitence, de la mortification, dans l’étude et enfin la contemplation. Ce sont des sadhûs ou des shivaïtes.


7 millions de sâdhus en Inde

Les sâdhus (ascètes), au nombre de 7 millions, suivent une voie de pénitence et de mortification pour atteindre l’illumination. Ils souhaitent modifier leur karma en rejetant l’attachement au monde, par des pratiques qui nous apparaissent pour nous occidentaux comme barbares.

Il existe aussi des femmes sadhû

10 % des sadhû sont des femmes, les Sâdhvis


Le sadhû est « un homme de bien »

En Inde, le sadhû est un « homme de bien ». Il est celui qui a renoncé à la société pour se consacrer au but de toute vie qui est la moksha, la libération de l’illusion, l’arrêt du cycle des renaissances et la dissolution dans le divin, la fusion avec la conscience cosmique. Tout un programme… En tant que renonçant, le sadhû a coupé tout lien avec sa famille, ne possèdent rien ou peu de choses, s’habillent d’une tunique, de couleur safran pour les shivaïtes, jaune ou blanche pour les vishnouites, symbolisant la sainteté, et parfois de quelques colliers. Ils n’ont pas de toit et passent leur vie à se déplacer sur les routes de l’Inde et du Népal, se nourrissant des dons des dévots.

Naga Sadhû de Rikishesh

Naga Sadhû de Rikishesh.

Au-delà de la recherche spirituelle, les raisons qui poussent à choisir la vie de sadhû peuvent être diverses : fuir sa caste, échapper à une situation familiale pénible, à une situation économique calamiteuse, mais aussi pour une femme à l’infamie du veuvage, ce qui fait qu’il existe, bien qu’en nombre bien moindre (10 % de la population sadhû).

Les sadhûs seraient apparentés aux gymnosophistes, ces philosophes nus que les Grecs d’Alexandre le Grand croisaient en pénétrant le monde indien. Les  gymnosophistes faisaient profession de vivre dans la retraite et de mépriser la douleur, doctrine proche de l’ascétisme. Ils s’abstenaient de femme et de vin, allaient nus et gardaient la barbe longue.

Sadhu de Jaisalmer

Sâdhu de la ville de Jaisalmer (Rajasthan) – Dans le contrebas du fort de Jaisalmer, ce « Saint homme » selon ce monsieur qui se désigne comme sadhû ( « homme de bien, saint homme ») , m’interpelle. Il me cause en Hindi et je me sens fort dépourvu. Il m’indique de l’index que son bol à aumône est bien vide. Je lui explique en riant que tout salaire mérite un peu d’effort. Je lui glisse 10 roupies en échange du portrait que vous avez sous les yeux.

 

Sâdhu aghori de Pushkar

Sâdhu aghori de Pushkar

Dans leur recherche d’absolu, les sadhû pratiquent des tapas, récitations de mantras, rituels magiques, contrôle du souffle, yoga, abstinence sexuelle, vœu de silence, méditation ou mortifications. Un grand nombre d’entre eux consomment rituellement du haschich, comme Shiva est censé le faire, pour déchirer le voile de la maya. D’autres cependant refusent cette consommation qu’ils jugent opposée à leur idéal. Les sadhû shivaïtes frottent leur corps avec des cendres, symboles de mort et de renaissance. À l’image de Shiva, ils portent leurs cheveux extrêmement longs.
L’allégeance des sadhû à Shiva ou à Vishnou se reconnaît par les marques traditionnelles, les tilaks, qu’ils peignent sur leur front et parfois par la couleur de leurs vêtements. Ceux qui appartiennent à la secte shivaïte porte un trident symbolique, fait de 3 raies, qui représente le triple aspect de Shiva et l’anéantissement des trois impuretés : égoïsme, désir et illusion. Le tilak des vishnuïtes est vertical, formé de deux lignes blanches en U et d’une ligne ou d’un point rouge symbolisant Sita. Il leur arrive de s’affronter lors des Kumbhamelâ pour des problèmes de préséance, chacun prétendant entrer le premier dans l’eau sainte.

Sâdhu de la ville de Pushkar (Rajasthan).

Sâdhu de la ville de Pushkar (Rajasthan)

 

Photos : Serge Bouvet




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