Des yeux qui en disent long
Le paysan au turban vermeil était adossé à l’ombre d’un mur jaune œuf, dégustant son masala tea. Il était 12h30. Je demandais à mon chauffeur de s’arrêter. Les notes de bleus, jaunes rouge et ocre m’avait singulièrement captivé. Dans mon fors intérieur, j’entrevis la possibilité d’un portrait très vivant et lorsque je vis ces yeux brillants, je pensais qu’il y avait là, une histoire intérieur à saisir. Mais avant de l’importuner, pour commencer une conversation en douceur, j’ai commandé moi aussi un masala tea et j’ai profité de ce havre de paix lénifiant et silencieux où l’on converse par le regard.
Les yeux sont primordiaux dans la lecture d’une émotion
Pour ce portrait, à cette heure de la journée, la lumière était forcément suffisante, mais à l’ombre les yeux étaient légèrement dans la pénombre. Heureusement que j’avais sur moi un réflecteur pour éclairer les yeux de ce sympathique personnage. Pourquoi attacherais-je autant d’importance aux regards ? La question est légitime. Lorsque je photographie un sujet, des questions angoissantes me hantent toujours. Je me demande toujours qu’elle réaction je vais susciter :
- Une interrogation ?
- Une émotion ?
- Un plaisir esthétique.
- Une surprise ou un choc ?
- Un dégoût ?
- De l’indifférence
En ce qui me concerne, j’essaie toujours de susciter un peu d’émotion et quoi de mieux que le regard pour en entretenir le feu.

Même Cléopâtre avait un nez sans émotion
Pourquoi les yeux seraient-ils le meilleur foyer de l’émotion me diriez-vous ? Je ne vois pas quel autre partie du corps pourrait faire mieux. Peut-on dire d’un nez qu’il est triste, qu’il est calme, rieur, fou ou narquois ? Vous pouvez, certes comme Cyrano de Bergerac en décrire les lignes, les courbes ou le volume. Vous pouvez aussi à loisir humilier votre victime en comparant son appendice à un roc, un pic, un cap ou même une péninsule si vous avez la prétention de vous comporter comme une enflure lyrique. Mais Jamais, au grand jamais vous ne pourrez lui attribuer à ce nez l’épithète honorable d’une émotion particulière, de l’esprit ou de l’âme. Même chose pour les oreilles, le menton, le nombril, les cheveux, les pied ou les mains.
Des yeux qui en disent long
Maintenant, penchons-nous sur les qualificatifs des yeux pour voir. Ne dit-on pas qu’untel à les yeux lugubres, intelligents, méchants, gentils ? Puisque nous en sommes à parler des yeux, causons aussi du regard : le scélérat vous lance un regard acéré, la capricieuse a le regard bornée, l’enfant a le regard amusé, candide…
Un portrait sans regard est un portrait sans âme.
Vous l’avez compris quoi de mieux que les yeux pour révéler un état d’esprit, un trait de caractère ou une émotion. Si les yeux sont la parole la plus aiguë de l’esprit, tout le corps, nez compris, en est la voix sibylline. Alors, comprenez que dans le projet d’une tentative de captation d’une âme d’un sujet lorsque je réalise mes portraits, j’essaie dans la mesure du possible de ne pas négliger ses fenêtres de l’âme.






