Une tasse de bhang ou une taffe de charas


Dix roupies la cigarette bourré au ganja... C'est pignon sur rue, que cette famille roule les pétards préparés pour les passants. On est en Inde, dans les ruelles de Jodhpur... - Canon 5D, 16mm, 1/20 à f/5,6 - 2000ISO

Dix roupies la cigarette bourré aux charas… C’est pignon sur rue, que cette famille roule les pétards préparés pour les passants pour dix roupies. On est en Inde du Nord, dans les ruelles de Jodhpur…

Détail technique – Canon 5D, 16mm, 1/20 à f/5,6 – 2000ISO


Le prasad du Seigneur Shiva et l’herbe de Krishna

Le dieu Shiva passe pour avoir « ramené le cannabis de l’Himalaya pour la joie et l’illumination des hommes ». Les prêtres « saddhu » parcourent l’Inde et le monde en partageant le « chillum », une pipe remplie de cannabis, auquel ils mélangent parfois d’autres substances. Dans la Bhagavad-gita, Krishna déclare : « Je suis l’herbe qui guérît », tandis que le cinquième chant de la Bhagarat-purana décrit le haschish en termes explicitement sexuels.

Le canabis en Inde est plus ou moins sévèrement réprimé

La loi est claire mais  son application et sa sanction sont très inégales en fonction de la région. L’usage de cannabis, également connu localement comme la ganja ou bhang (lorsqu’elle est faite dans une boisson) est commune dans toute l’Inde du nord. En outre, pendant le festival de Holi, le cannabis est largement consommé à l’air libre sans risque de pénalité. Charas, bhang et ganja sont de loin les formes les plus courantes de la drogue en Inde et furent qualifiés de stupéfiants sous la pression des États Unis en 1964.


Une tasse de bhang pour démarrer la journée…

Pour certains habitants du Rajasthan et pour moi, la journée commence par avec un masala tea et pour d’autres, moins nombreux, par une tasse de bhang une boisson faite avec des feuilles de cannabis, du lait, du sucre et des épices. A Jodhpur, Jaipur ou Jaisalmer, vers sept heures du matin, quelques clients commencent à affluer vers les Bhang Shop estampillé  d’une inscription « GOVT authorised bhang shop » pour assurer de la légalité de l’établissement.

Le Bhang ki thandai1  est la boisson la plus primée, notamment pendant les fêtes de holi. Dans les Védas 2 le dieu Shiva, y est dépeint comme le Seigneur du bhang. Les indiens réprouvent le fait que les occidentaux assimilent ce breuvage à une boisson toxique. « Dans le Rajasthan, un hôte offre une tasse de bhang à un invité de façon aussi banale que nous offririons chez nous un verre de bière ou un apéritif », me confit un vendeur de bhang. J’avoue avoir été quelque peu incrédule à son témoignage n’ayant ni lu de témoignage écrit, ni lu d’étude sur le sujet.

Alors que j’interrogeais avec un consommateur de bhang à Jaipur sur la toxicité possible du breuvage, ce dernier me rétorqua tout simplement : « Je ne bois pas d’alcool, je bois le prasad… le prasad de Shiva. » Je compris assez vite que le cannabis ponctuait les coutumes religieuses et sociales dun nord de l’Inde.*

« … Ou une taffe de charas. »
Ce qu'il tient dans les main est un chillum en bois, une sorte de pipe de forme conique, avec une pierre trouée faisant office de filtre, servant principalement à consommer le cannabis, soit sous forme végétale, soit sous forme résineuse.  Le chillum est notamment utilisé par les sâdhu.

A Jaipur, dans le Rajasthan, j'avais rencontré ce mystique lors d'une cérémonie de prière appelé Puja. Ce qu'il tient dans les main est un chillum en bois, une sorte de pipe de forme conique, avec une pierre trouée faisant office de filtre, servant principalement à consommer le charas, une forme du cannabis assez forte. Détail technique – Canon 5D, 16mm, 1/15 à f/6,3 – 100ISO

A Jaipur, j’avais photographié des fumeurs mystiques de charas. Ce dernier est le nom donné à une forme de cannabis qui est fabriquée à la main dans le nord de l’Inde. Il est fabriqué à partir de la résine de la plante de cannabis (Cannabis sativa ou Cannabis indica).  Fumer le charas est sacré en Inde, il constitue à l’instar des chrétien la même importance liturgique que l’absorption de vin pour les chrétiens qui célèbre l’Eucharistie.

Le charas est surtout populaire parmi les sâdhus 3 indiens. La secte de  Naga Sadhus, Aghoris et Tantric Bhairav fument religieusement au sens stricte du terme.

Le charas se fume avec une pipe en terre ou en bois, appelé chillum. Avant d’allumer le chillum, les dévôts psalmodieront les nombreux noms de Shiva dans chant incantatoire.

« En Inde, le cannabis, c’est interdit… quoique… »

Si le canabis ou ganja est si prégnant dans la culture indienne et hindou, on pourrait s’interroger sur l’interdiction récente d’en consommer. Le charas a été déclaré illégal en Inde sous la pression des États-Unis en 1964.  En 1964, l’Inde a signé et ratifié la Convention unique sur les stupéfiants (ajoutant pour la première fois le cannabis et ses dérivés comme le charas, l’opium, la coca et leurs dérivés) 4 de 1961 et ensuite, en 1985, la culture, la possession, l’utilisation et la consommation de tout mélange de cannabis sont devenues interdites et le gouvernement national imposait des pénalités importantes en vertu de la Narcotic Drugs and Psychotropic Substances Act, 1985.

Malgré l’ampleur de la consommation de ganja, la loi rend illégal le fait de posséder toute forme de produits psychoactifs. Toutefois, cette loi est rarement appliquée et elle est traitée comme une faible priorité en Inde 5. Il est amusant de savoir que la loi punit de 10 ans de prison tous ceux qui feront la culture du cannabis 6 alors que de vastes étendues de celui-ci croît sans contrôle à l’état sauvage dans de nombreuses régions du Rajasthan.


Texte et photos : Serge Bouvet

  1. Bhang ki thandai :Bhang préparée avec des amandes, des épices (poivre noir principalement), du lait, du sucre et du cannabis.
  2. Les Védas  : « connaissances révélées » transmises oralement de brahmane à brahmane au sein du védisme, du brahmanisme, et de l’hindouisme jusqu’à nos jours. Ces connaissance, aujourd’hui rassemblées en un ensemble de textes, aurait été révélée aux sages indiens nommés Rishi.
  3. Le sâdhu (du sanskrit sâdhu, « homme de bien, saint homme ») est, en Inde, celui qui a renoncé à la société pour se consacrer au but de toute vie, selon l’hindouisme, qui est la moksha, la libération de l’illusion, l’arrêt du cycle des renaissances et la dissolution dans le divin, la fusion avec la conscience cosmique.
  4. La convention unique sur les stupéfiants de 1961 convoquée par l’ONU fut ratifiée le 30 mars 1961 à New York. Elle comporte 183 signataires au 1er novembre 2005, elle est entrée en vigueur en 1964 et fut modifiée par le protocole du 25 mars 1972. Elle est dite unique parce qu’elle remplace plusieurs conventions internationales.  Son objectif est de limiter la production et le commerce de substances interdites en établissant une liste de ces substances, qualifiées de stupéfiants.
  5. Legality of cannabis : http://en.wikipedia.org/wiki/Legality_of_cannabis
  6. lire Drug laws in India en pdf : http://www.antidrugs.gov.il/download/files/indian_drug-laws.pdf



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